L'Artiste : François Rabant

 

La toile vierge, comme la page blanche, possède la pureté qui nous renvoie à notre propre vide, à la difficulté du premier geste, du premier trait. Alors, utiliser des supports chargés d’histoire et de traces ou, en tout cas, qui ne donnent pas l’apparence d’une fragile blancheur, le support quelconque qui vient d’on ne sait où, prêt à vivre (une nouvelle vie) un nouveau drame pour guider et inspirer le premier pas. Mais il peut s’agir aussi de dramatiser le support en lui " collant " une histoire, s’il n’en a pas, qui peut être l’actualité du monde ou bien des objets ou matières chargés de sens. Mais ce collage n’est que le support (sur le support), l’inspiration qui à son tour sera recouverte ; il aura permis l’accroche du geste et de la pensée. Le collage a toujours aussi une face cachée sur laquelle parfois un coin est levé ; mais la face cachée peut devenir finalement la face visible après l’opération de décollage ou de grattage de la pellicule de l’apparence. Pourtant, du visible, il ne subsiste bien souvent que des traces au hasard des effets de la déchirure ou de l’érosion ; le décollage produit des traces qui sont un envers du drame lisible en miroir sur le support opaque de la toile. Mais au-delà du support, lorsque celui-ci disparaît ou bien se fait transparent, l’envers remet l’image à l’endroit. Ensuite vient le travail de recouvrement où chaque couche est une destruction de la précédente dont certains éléments sortent plus ou moins indemnes ; il y a des survivants dans ces opérations d’enfouissement de la mémoire. Parfois il suffit de gratter ou d’aller voir derrière pour retrouver des éléments cachés. Le support est le champ où le travail s’opère directement et sans distance, où se mixent matières et couleurs. Il devrait pouvoir ensuite disparaître au moment où la peinture même deviendrait matière pure, peau à multiples couches solidaires racontant l’histoire prolongée des premiers collages.

François Rabant

 

 

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