Cabinet de lecture : Annik Bianchini nous donne son avis

Journaliste, Annik Bianchini Depeint a enseigné au Centre culturel français de Rome. Elle collabore régulièrement à “Actualité en France”, la revue d’information du ministère des Affaires étrangères et européennes. Ses publications sont orientées, par priorité, sur les auteurs et les événements alliant connaissance et recherche, notamment dans le domaine des sciences humaines et de la psychanalyse.

Cabinet de lecture 2005

 

L’expérience d’une psychanalyse (Généalogies du désir à l’œuvre)
Ignacio Garate Martinez, Érès (Coll. La Clinique  du transfert, dirigée par Ignacio Garate Martinez), octobre 2005, 231 p., 23€
“La psychanalyse est une caresse à l’envers, une manière de revenir à ce qui fut, mais qui ne sera jamais plus de la même manière. Il ne s’agit pas de se souvenir mais de repasser là où nous étions déjà passés, comme celui qui, lisant ou suivant du doigt, remonte les lignes à la recherche d’un mot perdu et, sans jamais le trouver tout à fait, relit cependant, une histoire qui devient la sienne”. La psychanalyse, indique l’auteur “sert à restaurer du désir vivant dans la parole d’un sujet”. Cette parole, chez Ignacio Garate Martinez, est ancrée autour des questions qui touchent à la fonction paternelle, à la position filiale, à l’intégration de la loi, l’énigme de l’amour… La question de l’amour, que Maud Manonni posait comme un au-delà du partage sexuel, dans le devenir femme, est bien faite pour situer l’aspect toujours subversif de la psychanalyse et “nous questionner, chacun de nous, au plus profond de nos certitudes”. Ignacio Garate Martinez exerce comme psychanalyste à Bordeaux depuis 1982. Membre d’Espace Analytique depuis sa création, il a construit son rapport à l’éthique de l’expérience psychanalytique à partir de l’héritage spirituel de Maud Manonni. C’est dans ce désir d’ouverture et de militer pour une “politique de la psychanalyse”qu’il a fondé l’Espace analytique d’Aquitaine et du Sud-Ouest et dirige aux éditions Érès la collection “La Clinique du transfert”.
Il n’y a pas, selon l’auteur, de clinique psychanalytique en dehors de la clinique du transfert. Le transfert se structure comme un langage destiné à vaincre les résistances de l’inconscient. Le point de rencontre entre l’analyste et l’analysant est trouble, étrange, produit une atmosphère particulière “qui ressemble à l’état de rêve, mais qui n’est pas le rêve, c’est un effet de passage, un désir réel jusqu’alors inconscient”. La structure du transfert ne se calcule pas comme une somme de la part de l’analysant et de celle de l’analyste. Les deux sont à l’œuvre dans la mobilisation de l’inconscient et l’interprétation surgit du vide intermédiaire lorsque chacun reprend sa part.

 

Dépression, la grande névrose contemporaine
Roland Chemama, Érès (Coll. Humus, dirigée par Jean-Pierre Lebrun), décembre 2005, 207 p., 23€
La dépression semble constituer, aujourd’hui, la pathologie dominante, celle qui est en tout cas évoquée le plus fréquemment à propos de difficultés subjectives parfois assez diverses, et que Lacan appelait la “grande névrose contemporaine”. Plutôt qu’humeur sinistre, elle apparaît comme une paralysie de l’action, qui joint l’impuissance à l’utopie. Roland Chemama tente de prolonger, dans cet ouvrage, cette interrogation clinique. Psychanalyste à Paris, membre de l’association lacanienne, il a dirigé avec Bernard Vandermersch le Dictionnaire de la psychanalyse (Larousse).
Sous la forme d’une série de lettres adressées à celui qui fut dans son livre précédent (Clivage et modernité),son interlocuteur, l’auteur reprend ici le concept de clivage et part aussi de cas difficiles. Mais ce ne sont plus les sujets qui veulent jouir à tout prix. Ce sont plutôt des sujets qui se signalent par un évitement radical du désir. Ceux que l’on appelle couramment aujourd’hui sujets “dépressifs”.
Qu’est-ce-que la dépression ? “Ce terme, dans son usage trivial, est bien imprécis. Il permet de regrouper des troubles très divers, des troubles dont on peut avoir l’impression qu’ils n’ont rien de spécifique. Ce diagnostic est évoqué autant dans des moments d’anxiété que dans des moments de profonde souffrance morale. Il peut désigner aussi bien un état qui dure depuis longtemps que la réaction à des difficultés de la vie …Vous savez que certains sujets n’agissent jamais, qu’ils s’ingénient à faire la démonstration que la réalité ne peut être faite que de la répétition désolante du même. Eh bien, c’est en spécifiant cette position qu’on pourra avoir une idée de ce que nous pouvons nommer «dépression»”. 
Dans une écriture littéraire à la fois rigoureuse et claire, Roland Chemama rend compte, au fil des pages, de cette maladie du siècle.

 

Transmettre la clinique psychanalytique (Freud, Lacan, aujourd’hui)
Erik Porge, Érès (Coll. Point Hors Ligne, dirigée par Jean-Claude Aguerre), septembre 2005, 224 p., 23€
“Il est avéré que la psychanalyse obtient des résultats thérapeutiques. Ce qui l’est moins, c’est de savoir comment”, annonce l’auteur. Si la psychanalyse obtient des guérisons par d’autres voies que la psychothérapie, la psychiatrie… et si elle donne à la guérison un statut plus “personnel”, c’est qu’elle procède au départ et au cours de son exercice à un repérage clinique différent. Là est le point crucial qui motive ce livre. Érik Porge, psychanalyste, membre de la Lettre lacanienne, directeur de la revue Essaim, auteur de nombreux livres, pose dans ce livre les bases méthodologiques d’une clinique spécifiquement psychanalytique en rapport avec ses moyens de transmission. Car la constitution d’une véritable clinique psychanalytique est un des enjeux majeurs de la psychanalyse si celle-ci ne veut pas être réduite à une forme de psychothérapie.
La clinique analytique peut-t-elle se transmettre ? “La transmission de la clinique psychanalytique fait partie de la clinique elle-même, au point qu’à un certain niveau, on ne saurait séparer les deux. Il s’agit de trouver le juste lien entre la clinique et ce qui s’en transmet. La méthode constitue ce lien”, reprend l’auteur.
Est examiné dans cet ouvrage la façon dont Freud a été confronté à la question de la transmission de la clinique et comment il l’a résolue par la mise en récit du cas, en privilégiant la vérité sur le savoir. Dans la ligne de Freud, Lacan a trouvé une solution aux impasses de celui-ci en ne publiant pas de cas, mais en mettant l’accent sur le style. Comme il l’a énoncé, “ce qui se transmet, c’est la formule”. Par son enseignement, Lacan a ouvert la voie à une invention clinique spécifiquement analytique, dont Érik Porge s’inspire. L’intransmissible est au cœur du désir de transmettre, non pas comme ineffable perdu dans les sables mais comme seuil à l’invention. Une invention pas tant d’objets nouveaux que de nouvelles manières de dire.

 

Avons-nous encore besoin d’un tiers ?
Sous la direction de Jean-Pierre Lebrun et Élisabeth Volckrick, Érès (Coll. Humus, subjectivité et lien social, dirigée par Jean-Pierre Lebrun), septembre 2005, 208 p., 23€
La question du tiers est actuelle.Nous entendons aujourd’hui très souvent évoquer le tiers : “Il manque du tiers !”, “il s’agit de faire tiers”, “on aurait besoin d’un tiers !”. On parle d’ailleurs de tiers quand la situation devient problématique, autrement on n’en parle pas. Cette question surgit au moment où disparaît ce qui allait de soi, à savoir l’existence d’un grand Tiers, d’une colonne vertébrale, d’une référence transcendantale corrélée au théologico-politique. Mais qu’est-encore que le tiers, qu’un Tiers ?
Pour certains, la question, du Tiers est vue comme celle de l’autorité structurante à la fois du sujet et de la société. Pour d’autres, le tiers a une fonction structurante mais on ne doit plus la penser comme centrale. Il n’y a plus de grand Tiers, de grande Référence. Cette absence de tiers libère l’espace des possibles, responsabilise davantage les acteurs sociaux, transforme le rapport à l’autorité, induit une plus grande créativité, invite à la négociation. Parallèlement, on constate une demande sociale de ne pas être traité comme un cas parmi d’autres. Cette exigence de singularité se présente comme une demande de respect et de reconnaissance.
Le point central pris en compte dans cet ouvrage collectif, c’est que la notion de tiers pose deux problématiques : celle de la régulation sociale et celle de la subjectivation. La question étant de savoir s’il y a un lien et si oui lequel. Entre d’une part les transformations à l’œuvre de la régulation sociale et d’autre part les transformations peut-être moins visibles de la problématique de la subjectivation.
C’est au cours d’un séminaire interdisciplinaire qui s’est tenu dans les locaux du département de communication de l’université catholique de Louvain, de juin 1999 à la fin 2004, que des psychanalystes, des philosophes, des sociologues, des psychologues, des chercheurs ont abordé ces questions. Jean-Pierre Lebrun est psychiatre et psychanalyste à Namur (Belgique). Élisabeth Volckrick est sociologue à l’université de Louvain.

 

Déclaration d’insoumission (à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas)
Fethi Benslama, Flammarion, août 2005, 100 p., 9,50€
Le présent ouvrage a été rédigé à la demande des signataires du Manifeste des libertés , publié à Paris en février 2004, dans lequel des femmes et des hommes invitaient tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la laïcité et dans la référence à l’Islam, comme culture, à sortir de leur isolement et à s’opposer à l’idéologie de l’islamisme. L’Islam n’étant pas l’enjeu exclusif des musulmans. “Au nom de l’Islam… : telle est aujourd’hui l’invocation macabre, la folle litanie qui s’adjuge le pouvoir absolu de détruire. Elle n’épargne ni la vie humaine, ni les institutions, ni les textes, ni l’art, ni la parole. Quand la force du nom irradie de tant de dévastations, nous ne pouvons tenir ce qui arrive pour un accident”, annonce l’auteur, Fethi Benslama, psychanalyste, professeur de psychopathologie à l’université Paris VII et auteur, entre autres, de “La psychanalyse à l’épreuve de l’islam”. Cette déclaration d’insoumission rappelle qu’il y a parmi les musulmans des “chercheurs de liberté” et des laïcs attachés aux droits démocratiques. Pourquoi, s’interroge l’auteur, “oublie-t-on que l’islam n’est pas seulement le nom d’une religion, mais d’une civilisation, dont l’œuvre a contribué d’une manière marquante à la sécularisation de la raison ? Le lecteur pourra noter dans ce texte la distinction entre “Islam” écrit avec l’initiale en majuscule pour désigner la civilisation et “islam” réservée au fait religieux. La raison de cet usage, qui recouvre un enjeu de fond, sera explicitée dans le “contexte”. Dans la deuxième partie du livre, en effet, Fethi Benslama expose le contexte qui a donné lieu à la présente déclaration d’insoumission , ainsi que quelques-uns des ressorts politiques et psychiques qui l’ont amené à prendre la parole.
Ce livre est avant tout une réponse à tous ceux qui, croyants ou non, regrettent que si peu de voix s’élèvent dans le monde pour condamner les extrémismes de l’Islamisme.

 

L’amour du corps
Francis Hofstein, Odile Jacob, mars 2005, 220p., 25€
“Écrire m’est une façon de me retrouver, de ne pas laisser en friche les questions qui me traversent et de retourner aux sources de mon savoir, personnel, propre et théorique, institué. C’est ensuite, quand cela prend du volume et de l’importance, que me vient l’envie du partage, de l’échange, de la réponse, du débat”, observe Francis Hofstein. L’écriture part de l’homme, de son histoire, de son angoisse, de son corps. L’analysant n’est pas que parole. Il a un corps qu’il assied ou allonge. Il porte un regard sur lui et sur son corps. Le corps représente peut-être plus que la parole les mouvements et la pensée de l’individu.
Dans cet ouvrage, où se mêlent écoute quotidienne des patients, regard porté sur le monde, lecture renouvelée de Freud et de Lacan, l’auteur analyse avec finesse toutes sortes de situations : le regard des autres, la recherche de la perfection physique, la difficulté à trouver la jouissance et le plaisir…
Francis Hofstein est psychanalyste, psychiatre de formation, entré à l’École freudienne de Paris en 1967 et proche de Jacques Lacan. Il notamment publié Le Poison de la dépendance.

 

L’intraduisible (Deuil, mémoire, transmission)
Janine Altounian, Dunod, (Coll. Psychismes), juin 2005, 206 p.,
“La menace de mort imminente qui s’exerce lors d’un génocide sur un ascendant avili, exténué, déporté, affamé, avec en spectacle le meurtre répétitif de ceux sans qui la vie s’effondre, constitue, pour qui y survit, un dommage irréparable.” Janine Altounian, traductrice et essayiste, explique comment survivre est le fruit d’un travail obstiné, qui requiert du survivant un savoir-faire avec des restes, qualité requise aussi chez l’analyste œuvrant à la survie psychique de tel patient. Survivre impose par ailleurs, une recherche désespérée du recours au tiers à rencontrer et à créer.
Le grand nombre de citations qui émaillent le texte illustre une des idées maîtresse de l’ouvrage, à savoir que l’héritier d’un survivant ne peut se construire qu’en empruntant ses matériaux à sa culture d’adoption.
Deux thèmes sous-tendent ce livre et dictent son titre : pour recueillir et transmettre ce qui reste d’une culture détruite, il faut le traduire. C’est pourquoi traduire d’une langue à une autre constitue une opération qui n’est pas sans rapport avec traduire une absence de langue à l’advenue à la parole, soit amener à l’écriture un passé traumatique infantile ou transgénérationnel qui, jusqu’alors, ne disposait pas de mots. La préoccupation majeure est de sauver le plus possible de ce qui se perd nécessairement dans une mutation qui, malgré la castration inévitable, conditionne pourtant la possibilité de toute transmission.
Cet ouvrage est un secret hommage à la tendresse empêchée des survivants, ces artisans de survie chez qui fut mutilée l’aptitude à s’engager dans la tendresse.

 

Répondre à la souffrance sociale (la psychiatrie et l’action sociale en cause)
Sous la direction de Michel Joubert et Claude Louzoun, Érès, mai 2005, 190 p., 22
Le but de cet ouvrage collectif est de tenter de donner des réponses concrètes aux souffrances des masses de laissés-pour-compte de l’injustice sociale, à partir d’une approche tant sociologique que clinique. La souffrance sociale dans sa massivité actuelle étant le symptôme d’une société malade dans laquelle la lutte entre néolibéralisme et solidarité est princeps. Dans ce livre, des soignants, des praticiens, des acteurs sociaux et des chercheurs confrontent leurs pensées. Michel Joubert est professeur de sociologie à l’université Paris VIII, chercheur au CESAMES (CNRS-INSERM). Claude Louzoun est psychiatre, président du Comité Droit, Ethique et Psychiatrie, vice-président de PROGRES. Sont introduites ici les actions d’Emmaüs, de PROGRES, et de bien d’autres, qui concernent les “sans”, sans travail, sans domicile fixe, sans droits, sans papiers, en ce qu’elles interpellent aussi la psychiatrie.
La dimension politique est présente tout au long de cette réflexion. Autant sur la facette de l’égalité et de la citoyenneté que sur la création des conditions permettant de redonner du sens à son expérience et d’être reconnu.
L’enjeu est ici plus large que celui de l’accès aux soins et à la prévention. Il s’agit, au travers de l’exploration des interfaces entre les grands découpages de champ (social/santé au sens large, santé mentale et psychiatrie), de retrouver les lignes de partage des individus modernes confrontés aux effets de la précarisation, en un mot de retrouver les formes contemporaines des logiques de classe, de discrimination et de lutte sociale.

 

Camille Claudel (Le tourment de l’absence)
Brigitte Fabre-Pellerin, Editions Les carnets de psychanalyse, 2005, 165 p., 30€
Écrire sur Camille Claudel, c’est évoquer sa famille, son frère Paul, son œuvre de première grandeur, son amour fou avec Auguste Rodin. C’est aussi, à travers Camille, s’interroger sur la maladie psychique chez les artistes, la genèse des œuvres d’art. Paul Claudel dira de cette éclatante jeune fille : “Un front superbe, un air impressionnant de courage, de franchise, de supériorité, de gaieté. Deux yeux magnifiques, d’un vert pâle qui évoque les jeunes pousses des forêts… et l’on reste avec cette impression bizarre d’une nature profondément personnelle, qui vous attire par sa grâce et vous repousse par sa sauvagerie”. L’auteur, Brigitte Fabre-Pellerin, psychiatre, psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, a cherché, dans cet ouvrage, à comprendre Camille Claudel de l’intérieur, comme un psychanalyste cherche à le faire pour son patient, analyser les causes et leurs enchevêtrements qui foisonnent. Rodin y a sa place, une place prépondérante. Le sculpteur représenta pour Camille tout à la fois le substitut du père, celui qui l’a fait accéder à la sexualité, celui qui a permis à son talent d’éclore dans la compréhension, celui qui l’a aidée, puis celui qui l’a persécutée. Camille Claudel est internée en 1913. Après trente années de création rare vinrent trente années d’enfermement à l’asile. Elle ne créera plus. “Avant d’être pétrifiée par la vie mentale, Camille Claudel a transmuté le plomb de son drame en or, et la terre par ses mains s’est faite œuvre d’art”.

 

D’une femme à l’autre
Numéro coordonné par Jean-Claude Aguerre. Dossier coordonné par Pascale Hassoun, Kathy Saada, Franck Chaumon, Anne Cornu et Hervé Prolonge, Érès, (Coll. Revue Internationale La Clinique Lacanienne), mai 2005, 280 p., 20€
À partir de leur pratique de la psychanalyse freudienne (avec des références partagées à Lacan) et de leur expérience clinique dans trois cultures très différentes ayant en commun la pratique de la langue française, des psychanalystes ont tenté de mettre leurs réflexions en commun sur la question du féminin et de la transmission. Que se transmettent les femmes et que transmettent-elles ? De quelle façon s’en trouvent-elles transformées ? Comment se trame l’enchaînement des places de génération en génération et en quoi les rapports mère-fille dans la transmission des rôles et des identités ont-ils une dimension critique ? 
Pascale Hassoun montre que la construction d’un “intime” pour la fille ne peut se faire que si elle peut, sans courir de risque mortel, “toucher à sa mère”, c’est-à-dire prendre le risque de mettre à mort symboliquement la mère qu’elle a introjectée.
Comment se fait l’inscription ? Telle est la question que soulève l’anorexie mentale. Cette problématique, prévalente chez la jeune fille, est abordée par Anne Cornu à partir de plusieurs cures comme refus d’une inscription dans la sexuation au sortir de la phase de latence.
Avec “Le nom et le féminin”, Farid Merini se demande si d’un espace à l’autre, d’un pays à l’autre, France, Espagne, Maroc, des différences se font autour de la nomination. Il évoque deux cas cliniques, dont il situe l’interprétation à partir du texte de Freud sur le “Tabou de la virginité” et sa pertinence si on l’applique à ce qui reste implicite dans les Contes des mille et une nuits.
Ainsi s’est tissée, dans cet ouvrage collectif, d’une femme à l’autre et à quelques autres, une série de rencontres et de transmissions…

 

“Je n’y arrive plus” (réponses aux parents dépassés)
Donatella Caprioglio, Hachette Littératures, juin 2005, 360 p., 20€
Ce livre rassemble plus de deux cents questions posées par des mères, des pères, des grands-parents, des enseignants et parfois même des adolescents, qui abordent de petits et de grands problèmes quotidiens et auxquels Donatella Caprioglio, psychanalyste, tente de répondre. Donatella Caprioglio vit entre Paris, où elle enseigne à l’université de Bobigny et Venise, où elle a créé “La Porta Verde”, lieu d’écoute pour parents et enfants de 0 à 3 ans. Elle organise la formation du personnel de la petite enfance dans toute la France. “Très souvent”, explique l’auteur, “nous pensons qu’il est inutile de parler à un nouveau-né de ce que nous ressentons, de nos émotions. Les enfants, au contraire, ont besoin de sentir que nous sommes en empathie avec eux : une proximité physique ne suffit pas, ils doivent avant tout se sentir compris.” “Pourquoi mon bébé évite-t-il mon regard ? Faut-il parler de la violence aux enfants ? Une mère peut-elle provoquer elle-même les maladies de son enfant ? Qui doit prendre en charge l’éducation sexuelle des enfants ? Comment reconquérir son enfant ? Comment réagir face à un ado qui fume du cannabis ?” Autant de questions, parmi d’autres, auxquelles tout parent est un jour confronté.

 

“Je l’ai tué, dit-elle, c’est mon père”
Raquel Capurro, Diego Nin, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Françoise Ben Kemoun, Epel, 2005, 380p. 39€
Montevideo (Uruguay), été 1935. Un fait divers secoue la ville : une jeune fille, étudiante, future institutrice, tue son père d’un coup de revolver. Elle a presque 22 ans. Iris Cabezudo est l’aînée de cinq enfants d’une famille bien établie dans le pays après l’immigration de ses grands-parents. Ce parricide est le point de départ d’une histoire complexe et passionnante dont il est possible de suivre le déroulement à travers les documents qui composent cet ouvrage. Publié pour la première fois en 1995, réédité en 1997, le voici traduit en français.
L’intérêt de ce livre tient d’abord à la richesse de sa documentation et aux nombreuses questions qu’il permet de poser. Quel rapport peut-on établir entre le crime (qui lui fait dire à la police : “Je l’ai tué, c’est mon père” et ce délire par lequel elle essaie vainement de s’expliquer, de résoudre une affaire familiale qui, dit-elle, “prend toujours de nouvelles formes que je n’arrive pas à bien saisir mais qui me tiennent toujours dans l’angoisse” ? Les auteurs s’appliquent à suivre les traces du rapport mère-fille et l’enfermement d’Iris dans le discours maternel sous deux formes successives : adhésion sans partage, puis refus forcené.
Iris Cabezudo fut, en Uruguay, non seulement un des cas fondateurs de la psychiatrie, mais aussi une de ces affaires qui ne cessent d’interroger le social.

 

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