Cabinet de lecture : Annik Bianchini nous donne son avis

Danièle Brun "Les enfants perturbateurs"
Ed. Odile Jacob, 2007, 189p.

 

Entre parents et enfants, l’idylle n’est pas toujours au rendez-vous, les attentes, de part et d’autres, étant complexes. Les enfants, pour se construire, ont en effet besoin d’un espace intime, qui leur permet de chercher et de trouver leur solution aux problèmes qu’ils se posent ou qui s’imposent à eux. Cet espace, selon Danièle Brun, est celui de la plasticité de l’enfance. Ce qu’elle nomme “plasticité de l’enfance” est une activité de pensée particulière de l’enfant, face aux réponses incomplètes des adultes, avec des scénarios empruntés à la réalité et à son inventivité. Elle insiste d’ailleurs sur la fragilité de cette plasticité, ainsi que sur les rétrécissements de son espace à différents moments de l’existence.

Quel que soit son âge, la plasticité sert à l’enfant de boussole pour naviguer entre les exigences du monde extérieur, où il rencontre son propre entourage, et celle de son monde interne, d’où émanent les appels de la pulsion. Danièle Brun, psychanalyste, est professeur de psychopathologie à l’université Paris VII - Denis Diderot. Elle a publié “La Passion dans l’amitié”, “Le Corps”, L’Enfant donné pour mort”, “La Novela familiar del ninò, “Mikael, un enfant en analyse”, “La Maternité et le Féminin”. Perturbateur, l’enfant l’est nécessairement pour ses parents à différentes époques de son existence. Il l’est d’abord pour le couple qui l’a conçu. Il l’est encore quand il manifeste son opposition. Car les parents ne sont pas seulement des adultes soucieux de l’éducation de leurs enfants. Ils ont été enfants. Or, souvent, les parents cherchent à annihiler l’espace intime de leurs enfants par souci de les adapter le plus vite possible aux exigences de la société : l’école, les bonnes manières, les valeurs communes.

Et ils le font d’autant plus qu’ils font taire l’enfant qui demeure en eux. À partir d’exemples cliniques très différents les uns des autres, Danièle Brun fait coexister, dans chaque chapitre du livre, des scènes où figurent des enfants conduits par leurs parents et des scènes dans lesquelles l’adulte se remémore son enfance avec ses propres parents. Un ouvrage qui pousse à s’interroger sur soi-même et qui invite à retrouver son enfance comme force de vie.

Annik Bianchini

 
       

 

Répondre à cet article :

 

 

Haut