Cabinet de lecture : Annik Bianchini nous donne son avis

Donatella Caprioglio "Va-t-en mais reste encore" Se séparer de nos enfants
Hachette Littératures, 2007, 210p.

 

Présenté comme un journal intime, “Va-t-en mais reste encore” est avant tout la chronique d’une situation ambivalente entre une mère et sa fille, au moment où se joue la double question de l’autonomie de l’une et de l’autre. Notes prises sur le vif, au jour le jour, dans l’urgence, avec l’intention d’être le plus proche possible du détail de la vie quotidienne. “Je voudrais te voir morte ! ”

Cette violence verbale me blesse au plus profond de moi. D’une gifle, j’imprime toute ma rage sur son visage, ouvrant une digue qui libère l’aversion entre nous... Complètement anéantie, je me réfugie dans la baignoire en versant des larmes amères...Plus elle m’attaque, plus paradoxalement je sens qu’elle a besoin d’un miroir dans lequel se refléter, d’un écho à ses paroles et non du vide qu’elle doit avoir ressenti quand elle était la petite fille de parents séparés, avec une mère très occupée par son travail.”

Entre 20 et 25 ans, les jeunes sont encore des ados et déjà de jeunes adultes. Ils habitent souvent chez leurs parents et rêvent de voler de leurs propres aîles. Mais que faire face à leur violence, à leurs attaques si injustes qu’il arrive qu’on les déteste et qu’on souhaite plus que tout qu’ils s’en aillent. Pourquoi nous provoquent-ils, quelles limites cherchent-ils à forcer quand ils nous poussent à bout ? Dans une langue sobre et pudique, toujours portée par une extrême clarté, Donatella Caprioglio révèle au lecteur, et c’est peut-être le grand apport de ce livre, l’existence d’une souffrance négligée, celle de l’enfant qui part, et celle du parent qui se retrouve face à lui-même.

Quel que soit l’âge où finalement il décide de quitter le domicile familial, l’enfant part trop tôt s’il ne dispose pas de cette sécurité intérieure qui le rendra apte à assumer son indépendance. Donatella Caprioglio vit entre Paris, où elle est professeur à l’université de Bobigny, et Venise où elle a créé “la Porta verde”, lieu d’écoute pour les parents et leurs enfants de zéro à trois ans. Elle est l’auteur de “Je n’y arrive plus” et de “Une autre femme”.

Annik Bianchini

 
       

 

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