Cabinet de lecture : Annik Bianchini nous donne son avis

Gérard Haddad, "Le péché originel de la psychanalyse"
Lacan et la question juive
Editions du Seuil 2007, 20€

 

Dans ce livre, Gérard Haddad examine le projet lacanien ambitionnant de “reprendre les choses là où Freud les a laissées”, c'est-à-dire de faire intervenir la question juive au sein de la psychanalyse. Quelques mois après son exclusion de l'Association Internationale de Psychanalyse, en août 1963, Jacques Lacan reprend son Séminaire. Pourquoi lui avoir retiré sa fonction de didacticien ?  Les raisons habituellement avancées ne coïncident pas avec l'interprétation que lui-même en donne. S'il a été rejeté par l'IPA, nous dit Lacan, c'est parce qu'il avait un projet dont il veut nous révéler le contenu. Il s'agit d'un certain “Péché originel de la psychanalyse”. Lequel ? C'est le désir de Freud lui-même, à savoir que “quelque chose dans Freud n'a jamais été analysé” : son rapport au judaïsme. Quel est cet évitement de Freud qui pèse sur le destin de la psychanalyse ?

Lacan estime : “Ce que j'avais à dire sur les Noms-du-Père ne visait à rien d'autre qu'à mettre en question l'origine, à savoir par quel privilège le désir de Freud avait pu trouver, dans le champ de l'expérience qu'il désigne comme l'inconscient, la porte d'entrée. Remonter à cette origine est tout à fait essentiel si nous voulons mettre l'analyse sur ses pieds”. Selon l'auteur, Jacques Lacan projetait  de réparer ce “péché originel de la psychanalyse ” en donnant un enseignement sur les Noms-du-Père. Cette mise en cause de la tradition juive au sein de la psychanalyse apparaissait à Lacan comme fondamentale pour l'avenir de la psychanalyse. Gérard Haddad est psychanalyste, spécialiste de la culture juive et l'auteur de nombreux livres, dont “Le jour où Lacan m'a adopté. Mon analyse avec Lacan” (Grasset, 2002). “Je vous aime bien, lui disait Lacan, parce que vous êtes un des rares à piger ce que je raconte”. La présente étude se propose d'analyser, avec humour et conviction, l'exégèse lacanienne de la Bible, depuis l'épisode d'Adam et Eve jusqu'à la critique d'Œdipe et la réévaluation de la figure de Moïse (au centre de l'interrogation freudienne sur le mystère paternel). “Que les choses soient claires”, remarque Gérard Haddad, cette mise en question ne saurait s'interpréter comme le rejet de l'enseignement reçu. Si la psychanalyse doit survivre, ce ne peut être que comme méta-science, où la critique de certains acquis théoriques imparfaits assure le développement de l'ensemble. Cette critique, Lacan l'appelait de ses vœux. Que de fois a-t-il demandé qu'on le “dé-suppose savoir”, qu'on désacralise son enseignement afin que celui-ci retrouve la vie du débat et de la contestation ! Sans doute se serait-il réjoui de ce dialogue argumenté post-mortem,  forme paradoxale du dénouement d'un transfert”.

 

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