Cabinet de lecture : Annik Bianchini nous donne son avis

Journaliste, Annik Bianchini Depeint a enseigné au Centre culturel français de Rome. Elle collabore régulièrement à “Actualité en France”, la revue d’information du ministère des Affaires étrangères et européennes. Ses publications sont orientées, par priorité, sur les auteurs et les événements alliant connaissance et recherche, notamment dans le domaine des sciences humaines et de la psychanalyse.

Paul-Laurent Assoun
"L'énigme de la manie" La passion du facteur Cheval
Editions Arkhê, 140 p., 15,90€

Dans cet essai, Paul-Laurent Assoun propose un éclairage de ce qui serait le versant euphorique de la mélancolie.

Terrible est le pouvoir de la manie, que les Grecs voyaient en inspiration, ivresse, démence ou folie, et les Latins en furor. Cet état euphorique, pathologie de l'excès de l'humeur et de l'agir.  “Qu'est-ce que ce symptôme étrange, célébration exaltée d'un soi grandiose, au point de paraître s'affranchir de tout symptôme, puisque le sujet semble alors se jouer de la culpabilité – par ailleurs index du sujet même en sa vérité inconsciente ?”, s'interroge l'auteur.

Car il ne s'agit pas ici de petites manies mais d'états délirants appelés à procurer une ivresse libératrice. Le retour à Freud introduit la manie comme “la propriété” de la mélancolie “la plus remarquable” et celle qui “demande le plus d'explication”.

Formule décisive : la manie n'est pas seulement l'envers ou le complément de la mélancolie, mais son destin majeur autant que sa propriété ou particularité. Et si la manie contenait, en aval, la clé de la mélancolie, comme la mélancolie l'éclaire en amont, questionne l'auteur “Peut-être la manie contient-elle la clé de la mélancolie, en ce sens où la comète se réalise dans sa queue”.

Paul-Laurent Assoun est psychanalyste et professeur à l'université de Paris 7, responsable du master Psychanalyse et champ social, membre du Centre de recherche Psychanalyse, médecine et société. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont Le démon de midi (L'Olivier, 2008) et le Dictionnaire des œuvres psychanalytiques (PUF, 2009).

Cet ouvrage comporte deux volets. Il établit d'abord le portrait métapsychologique   de la manie, esquissant ainsi une clinique des états maniaques (boulimie, kleptomanie, toxicopmanie…), ainsi que les moments maniaques du collectif. Ensuite, il se consacre à l'étude d'un cas, celui du facteur Cheval. Joseph Ferdinand Cheval ((1836-1924), le facteur architecte,  passa en effet plus de  trente ans à construire  son Palais idéal, avec les pierres ramassées au cours de ses tournées. On peut contempler à Hauterives, dans la Drôme, ce palais baroque, réputé chef-d'œuvre de l'art populaire, et reconnu monument historique.  Cheval s'est toujours présenté comme le modeste et obstiné artisan d'un rêve de paysan autodidacte, avec les ressources d'une brouette et d'une truelle.

On peut le mettre en parallèle, observe l'auteur, de la folie constructrice de Louis II de Bavière (1845-1886), mais qui n'était que le commanditaire de châteaux qu'il habita à peine. L'un et l'autre ne cessent de se guérir d'une douleur d'exister. Même “Passion” en ce qu'elle constitue un mouvement continu par lequel le sujet est possédé corps et âme.  Mais “Passion” aussi parce qu'il y consume sa vie, comme en un calvaire joyeux.

L'énigme de la manie donne ainsi accès à la vérité du sujet. Liberté folle qui jouit de triompher de la mort et de la castration.

 

Annik Bianchini

 

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