L'Invitée : mardi 12 février 2008

Françoise DECANT pour son livre "L’écriture chez Henrik Ibsen"
Essai psychanalytique - Editions érès-Arcanes - Collection Hypothèses
Présentation Delia Kohen

 

 

La rencontre avec Henrik Ibsen s’est produite, pour Françoise Decant, à la suite d’une représentation théâtrale d’Hedda Gabler, en 1990. Elle mène depuis un travail considérable sur l’ensemble de cette œuvre, dont ce livre est le fruit.
Elle nous fait partager son enthousiasme et ses découvertes dans un style plein de fraîcheur et de rigueur. Elle se livre à un exercice difficile. Elle fait partie de ces analystes qui ont pris la mesure de la fécondité des élaborations de Lacan avec le "sinthome". Elle se risque et s’aventure dans ce qu’on peut appeler la psychanalyse après Joyce. Elle avance avec prudence, modestie et savoir-faire. Clinicienne, elle fait entendre au lecteur comment elle tend l’oreille et se penche sur le divan de ses patients.

Fidèle aux indications données par Henrik Ibsen à ses commentateurs, Françoise Decant suit l’œuvre dans sa chronologie : Henrik Ibsen, auteur dramatique norvégien né en 1828 et mort en 1906, a laissé plus de vingt-cinq pièces de théâtre, de très nombreux poèmes, des articles sur le théâtre. On comprend qu’il en a passionné plus d’un : "Le contexte ibsénien" ouvre à des questions : "que veut la femme", "qu’est-ce qu’un père", "la vie, la mort, la sexualité". Tous ces impossibles sont aussi nos questions.

Le parcours que suit F.D. l’amène à re-visiter les débuts de l’aventure analytique avec plusieurs pionniers, Rank, Ferenczi, Jung, Groddeck, Reich, Steckel, le pasteur Pfister et Margaret Little connue pour ses travaux sur le contre-transfert. L’écrivain irlandais James Joyce le découvre à 19 ans. Tous se passionnent pour cette oeuvre. Françoise Decant tresse avec tous ces apports et l’orientation dans la théorie un "savant nouage".

Elle met en continuités des éléments dont elle soutient avec rigueur la logique inconsciente, à partir de l’hypothèse de "l’écriture comme symptôme", à entendre comme "ce que les gens ont de plus réel", comme l’analyse Lacan.

C’est sur fond d’un travail acharné, d’un véritable labeur, d’un "suage", pour reprendre le terme de Lacan, que le poète va tisser son symptôme. La tâche n’est pas mince puisqu’elle concerne la métaphorisation du Nom du Père, précise F.D. Une écriture qui permet à Ibsen de tenir debout et même de mourir dans son lit à 78 ans.

Il convient de suivre Françoise Decant dans les dédales de son parcours, l’oreille collée au texte Ibsenien, jusqu’à sa dernière pièce, "Quand nous nous réveillerons d’entre les morts", où elle situe "le passage au sinthome, fabrique d’un nouveau nœud" et ses conséquences dans la vie du poète.

Elle reste prudente quant à l’extension du sinthome. Pourtant, en dernière page de son livre, elle cite Catherine Millot, qui rappelle "qu’il n’y a pas que dans la psychose que le Nom du Père doit être inventé".
Un livre qui s’inscrit dans l’actualité des préoccupations de ceux qui écrivent la psychanalyse.

Delia KOHEN

 

 

 

 

 
     
 

 

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