L'Invité : mardi 8 octobre 2002

Gérard HADDAD pour son livre "Le jour où Lacan m’a adopté"
Editions biblio essais
Présentation par Delia Kohen

 

" On saura ainsi concrètement qu’il existe une étrange et efficace pratique, pouvant changer radicalement un destin ... " Gérard Haddad

Comment ne pas se passionner pour une telle aventure, cet amour de transfert dont Freud nous dit bien que c’est " un amour véritable " et non pas " un faux rapport ", une " mésalliance ". De plus lorsqu’il nous en est fait le récit avec son souffle épique, Gérard Haddad nous procure un véritable plaisir à le lire.

Gérard Haddad, avec ses nombreuses publications, c’est déjà un Nom dans la psychanalyse. Avec " le jour où Lacan m’a adopté ", c’est un succès. Un livre que lisent des non analystes et qui contraste avec les livres de beaucoup de nos collègues qui présentent la psychanalyse au public.
Gérard Haddad est un homme d’action, un homme qui n’a pas peur de se déplacer, un homme qui marche, un homme qui cherche. On ne s’étonnera pas qu’il ait inventé une pulsion supplémentaire " la pulsion viatorique " dont il nous avait déjà parlé dans " Freud en Italie " écrit avec A. Haddad.
Je vous rappelle qu’il est aussi l’auteur de " Manger le livre ", " L’enfant illégitime ", " Les biblioclastes ", et de nombreux autres textes.

Au Salon nous sommes particulièrement sensibles à " Manger le livre ". N’est-ce pas ce que nous tentons de faire avec les textes analytiques que les psychanalystes nous proposent ?

Gérard Haddad s’expose véritablement dans ce livre et prend le risque de nous raconter le roman de sa vie " son analyse avec Jacques Lacan ", de plus de dix ans. Il donne matière à débats non seulement à propos de la pratique et de la technique chez Lacan, mais aussi sur la question du politique et du religieux à l’éclairage de la psychanalyse.

Ce récit, nous dit-il s’est imposé à lui, dans un temps qu’il juge de " déclin " ou de " crépuscule " de la psychanalyse et du signifiant paternel. " On saura ainsi concrètement qu’il existe une étrange et efficace pratique, pouvant changer radicalement un destin... ". Pour G.H, il s’agit de l’événement inouï de sa vie et de sa métamorphose, " d’ingénieur agronome " en " psychanalyste ".

Des passions de transfert, nous en connaissons un certain nombre, au destin divers, dans l’histoire de la psychanalyse. Notre auteur aurait-il connu une passion heureuse ?
Gérard Haddad ressuscite Lacan dans le vif de sa clinique et de sa pratique. Probablement quelque chose qui dérange encore.... même ceux qui s’en réclament.

Lacan, un psychanalyste pas comme les autres, d’une présence exceptionnelle, d’un engagement étonnant dans ses cures, qui a bien déclenché chez G.H ce transfert dont il dit lui-même qu’il était " quasi délirant ", " une expérience authentique de folie ". Lacan ne reculant pas devant les folies transférentielles, cherchait à en extraire toute l’efficace. Une cure conduite d’une main de Maître, ce psychanalyste pas comme les autres, Gérard Haddad avec toute son inconscience mais aussi son courage, s’y est soumis et même littéralement abandonné.

Gérard Haddad aurait-il reçu de J. Lacan ce qui a manqué si cruellement à Ferenczi
ce " vous êtes mon fils adoptif " ? Comment ces deux Maîtres, Freud et Lacan, faisaient-ils avec " l’infantile " ?

Gérard Haddad et Ferenczi nous éclairent sur cet amour des fils et des pères, sur cette plainte très souvent entendue, des fils en mal d’élection.
" Vous êtes mon fils adoptif ", en dernière page du livre, se révèle dans un rêve.
Ce dont nous entretient G.H, c’est de l’étoffe d’une analyse : des formations de l’inconscient, l’inconscient qui se déploie dans le transfert, ailleurs, sur une autre scène. Lacan savait magistralement ouvrir le rideau et aller voir de l’autre côté du miroir.

Ce rêve qu’on trouve en fin de parcours et qui a donné son titre à ce livre, serait-il une sorte de boucle, un terme à l’amour de transfert, une fin possible de l’analyse avec J. Lacan ?

Delia KOHEN

 

 

 

   

 

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