Passeur de livre

Jean Louis Sous
La psychanalyse n’est pas un mysticisme
Essais EPEL 2018

Jeanne Lafont.

Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

L’enquête sur les liens de Jacques Lacan avec le mysticisme est serrée, et très détaillée, avec des citations et des analyses du parcours des grands mystiques chrétiens que Lacan a utilisés pour faire entendre son « concept » de jouissance.

Il les confronte aux interlocuteurs de Freud, Romain Rolland et son sentiment océanique, Pfister le pasteur protestant avec la question d’admettre les prêtres comme analystes ! Et le débat est tout à fait analysé et accompagné de citations de la correspondance sur plusieurs années.

Avec finesse, l’auteur différencie, la position perverse, de la père-version, le concept du A(Autre) de la figure de Dieu, l’abyme de l’abime, le masochisme primordial ou pas, dans un texte que je trouve un peu « fouillis » mais c’est peut-être plus agréable à lire. « Ce n’est pas un « jardin à la française », plutôt un « maquis » selon le mot de Lacan pour parler des textes de Freud.

Il y a même tout un paragraphe sur le langage mathématique comme mystique, mais il ajoute : « ce n’est pas Dieu qui a inventé le transfini, c’est Cantor qui a désacralisé le transcendant » (p 96) et à travers ce petit exemple on comprend l’enjeu du livre : faire entendre dans la question de l’impossible ou de l’infini, de la limite, de ce qui été traité comme religieux, la formalisation que la psychanalyse permet pour sortir du religieux,  sans en dénier les apports quant à l’expérience subjective humaine. Et dans cette optique, le livre est assez passionnant dans sa volonté de rendre sensibles les positions mystiques, chacune dans leur singularité et pourtant, avec les concepts lacaniens, i(a) le grand Autre barré … leur similitudes.

Après tout ce parcours touffu, le livre bascule, (pour moi de manière assez mystérieuse) sans vraiment de repérage typographique ou syntagmatique (pas de chapitre) juste un nouveau paragraphe, dans une définition de la cure psychanalytique, eu égard au mysticisme donc. Du coup, le lecteur est plutôt tout ému, comme s’il recevait une confidence cachée. Tous ces détails, dans un mode freudien, pour affirmer, preuves à l’appui, la nouvelle posture subjective que permet une cure psychanalytique ! D’ailleurs c’est le titre du livre « ce n’est pas un mysticisme » !

Evidemment, de plus, si le livre se lit bien, pas si compliqué ou bien formulé (plutôt), le lecteur doit avoir déjà un peu arpenté les formalisations de Jacques Lacan : Il parle de i(a), du plus-d-e jouir, de l’en-forme de A… sans les expliciter, évidemment d’ailleurs, puisque c’est le concept lacanien qui explique ! Aller et retour, en quelque sorte, indépassable !

Jeanne Lafont

 

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