Passeur de livre

Jean-Michel Louka
Demain la psychanalyse
Editions Lambert-Lucas, 2018

Elsa Godart

Psychanalyste, philosophe
Habilitée à diriger des recherches Etudes psychanalytiques Université Paris 7-Diderot
Chercheur associé en philosophie LIPHA-PE Université UPEM
Présidente du conseil scientifique des EMSHA

Psychanalyste depuis 1976, anthropologue, chercheur à l’université et au CNRS, Jean-Michel Louka comprend rapidement que ce n’est pas en « ces lieux » qu’il peut trouver sa « voie/voix ». Il s’oriente alors vers l’hôpital. « Mais que pouvait être un psychanalyste à l’hôpital ? ». Cela durera vingt-trois ans. Vingt-trois ans d’une pratique spécifique qui lui donne à réfléchir notamment sur les rapports - souvent ambiguës - entre psychanalyse et médecine. Ce livre est une rencontre entre le regard que porte l’expérience d’une vie comme psychanalyste et une critique de l’actuel, du contemporain. A la croisée entre le vécu et des regards sur la pratique analytique, l’auteur nous plonge aussi bien dans l’histoire de la psychanalyse (sa rencontre avec Octave Mannoni, avec Serge Leclaire qui fut son analyste), que dans des considérations plus théoriques (la question majeure de la liberté ou encore le rôle et l’entrecroisement des différentes associations).

Mais c’est surtout la place (et la défense) de la psychanalyse dans le champ contemporain qui occupe une grande partie de ce livre, notamment face aux dérives des pratiques psychologisantes aux doucereuses promesses salvatrices et hédonistes (psychothérapie) ou encore face à la montée des réductions scientistes (médecine) ; mais aussi face à une critique du  politique et des Institutions. Ainsi, « la lutte contre l’excessif pouvoir de la médecine sur la psychanalyse, puis celle concernant l’emprise de la psychologie, renforcée en cela par le formidable développement/enveloppement des sciences humaines depuis l’après-guerre, et qui s’infiltrent partout aujourd’hui jusqu’au niveau de la « nouvelle gouvernance », comme on dit, laquelle s’en sert pour gérer (quel vilain mot que « gérer » quand il s’agit de l’humain ! ), c’est-à-dire tenir ses populations au moyen du consumérisme et introduire l’illusion d’un sujet réduit à ne se préoccuper, comme on le lui enseigne, que de sa petite auto-entreprise surcontrôlée par l’Etat, tout cela montre que l’envahissement des psychothérapies, comme l’arbre qui cache la forêt, fait partie d’un vaste ensemble à visée gestionnaire - gestionnaire jusque dans l’intimité des sujets - qui se dévoile, se démasque, petit à petit. » (p. 74-75).

L’auteur termine son engagement par ce qui pourrait être une véritable profession de foi lors de laquelle, il ne manque pas d’évoquer aussi bien la légitimité de l’analyste (cf. « l’analyste ne s’autorise que de lui-même » ; la question des pairs ; de la passe ; de l’enseignement universitaire etc.) que la nécessité d’œuvrer - c’est-à-dire de « faire œuvre » - pour et avec la psychanalyse. Une profession de foi forte de l’engagement d’une vie d’expérience, d’une vie de pratique, capable de penser un « renouveau » de la psychanalyse qui pourrait commencer à partir de ces mots : « Ce « ne s’autorise que de lui-même » est d’une importance fondamentale. Ce n’est pas un s’autoriser de soi-même, ni s’autoriser de son petit ou grand Moi, c’est « de lui-même », en troisième personne. L’analyste ne s’autorise que de son inconscient. (…) Je déclare pratiquer la psychanalyse, telle serait l’annonce, sans autre forme de procès. » (pp. 103-104).

Elsa Godart

 

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