Passeur de livre

Marie Pesenti-Irrmann
Lacan à l’école des femmes
Editions érès, Collection : Point hors ligne, 2017

Jeanne Lafont

Mes livres : Chez Point hors ligne, Topologie ordinaire de Jacques Lacan, 1986; Topologie lacanienne et clinique analytique, 1990. Les pratiques sociales en dette de la psychanalyse, 1994. Chez EFEdition. Les dessins des enfants qui commencent à parler, 2001; Six pratiques sociales, (livre collectif), 2006; La langue comme espace, 2015.

Ce livre est un parcours de l’ensemble de la réflexion lacanienne, à l’aide des figures féminines qui ont enseigné Lacan, de Diodime, l’étrangère de Mantinée, que Socrate fait parler à sa place dans le banquet, à Sygne de Coûfontaine de Claudel, au cas Aimée de sa thèse de médecine. … Elles sont présentées comme des bornes sur le chemin d’une pensée qui est repérée dans ses variations, ses progrès, ses allers et retours, ses « après coups ». Du coup les développements, les commentaires sont toujours innovants par cette lecture, non chronologique en fait ! Et de manière assez émouvante, le livre finit par Aimée, la femme qui a existé dans la vie de Lacan, qu’il a entendue, qu’il a lue (elle a écrit deux romans, qui n’ont pas été publiés) … un peu comme si, après toutes ses pensées abstraites et conceptuelles, l’auteur nous ramenait à terre, dans le vif de la souffrance psychique, des gens qu’un psychanalyste écoute … tout ça reste au service d’une « écoute avertie ». La folie est au cœur de l’humain, et le livre se clôture sur le réel de cette énigme qui relance sans fin la pensée, l’écriture...

L’auteur donc a lu Lacan dans le détail, avec le souci de présenter le fil rouge des enjeux dans chaque moment de son enseignement, mais pas seulement. Maire Pesenti-Irmann a aussi lu les Lacaniens, Jean Allouch, Alain Didier Weill, Catherine Millot, Colette Soler, et d’autres encore. Souvent la réflexion est soutenue par les apports de ces lectures diverses, et ce n’est pas si courant dans le milieu analytique qu’il ne faille le remarquer !

Et le fil qu’elle a choisi, c’est l’amour, dans un livre délibérément en deux parties, la psychanalyse d’abord, puis l’amour. La psychanalyse produira-t-elle un nouvel amour ? L’auteur ne répond pas à la question, bien sûr, mais elle traque les variations d’une époque à l’autre dans la manière dont Lacan a relu les classiques qui ont écrit sur l’amour (d’ailleurs écrit-on sur autre chose, la question est magnifiquement développée) Platon, Shakespeare, Stephan Zweig, Kafka, jusqu’au terme d’amur du séminaire « ou pire » !

Les Lacaniens se régaleront de ce panorama si personnel autour de ce que Freud appelait « le continent noir », arpenté à l’aide d’ombres tutélaires féminines, prosaïques j’allais dire ! Il y a des citations à chaque page ! plusieurs, longues, et toujours rendues à leur mystère !

Et j’aimerais dire aux lecteurs qui découvrent Lacan : c’est un bon livre pour se repérer, se faire son opinion, et entendre l’histoire de la pensée, dans notre civilisation d’origine gréco romaine, qui trouve avec Lacan, une manière si originale de se repenser dans son ensemble.

Jeanne LAFONT

 

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