Passeur de livre

Paul-Laurent Assoun
L’énigme conjugale
Psychanalyse du mariage.
Puf 2018

Françoise Decant
Publications : «L’écriture chez Henrik Ibsen : Un savant nouage.» Essai psychanalytique Ed Arcanes Eres dec.2007. «La ronde des pères» in «Kafka, le procès du sujet». Figures de la psychanalyse. Logos Ananké Ed. Eres 2008 Ouvrage collectif. Arthur Schnitzler : «Le mélancolique inconstant. Fantasme de séduction et répétition» Revue La Clinique lacanienne N° 19  Ed. Eres  2011. «Un nom du père parmi les noms du père : Trois inventions» Revue La Clinique lacanienne N° 22 Ed. Eres 2013. «Personne(ne) sait comment on fait les papas» Revue Enfance et psy N° 66 Ed Eres 2015. "A propos de transfert dans la psychose”  Revue La Clinique lacanienne N° 30 Eres 2019.

Ce livre est osé car, nous le savons bien, la question du mariage divise. Il n’est certes pas un plaidoyer pour le mariage, ni contre le mariage. D’ailleurs le titre évoque une énigme. En effet, la question est de savoir ce que la psychanalyse a à dire sur cette institution qui régule « l’alliance et les échanges symboliques. »

P. L. Assoun propose en première partie une « Anthropologie psychanalytique de l’institution conjugale » qui met en avant les textes de Freud mais aussi la façon dont Lacan a pu s’approprier l’enseignement de Durkheim (« cours sur la famille conjugale ») dans ce célèbre texte qui deviendra « Les complexes familiaux ».

Si le mariage peut être considéré comme toxique dans certains cas et génère des symptômes – que l’auteur reprendra pour les développer plus loin-  il fait figurer une très intéressante annexe sur le mariage morganatique qui permet à la favorite de permettre au roi de «jouir du désir ».

En traitant la question de la «  clinique du sujet marié » P. L. Assoun insiste sur l’importance de la différence sexuelle : Pour lui, les hommes n’entrent pas par la même porte lorsqu’il s’agit de se marier que les femmes.

Mais qu’avons-nous à faire du mariage? Cette institution n’est –elle pas obsolète de nos jours et vouée à disparaitre ? Ce serait mettre de côté la question « du mariage pour tous »(ou pas) et l’auteur consacre un chapitre entier au désir de mariage des homosexuels (elles), ceux-ci n’ayant pas le même rapport à la chose coté hommes et coté femmes. Il est reconnu que les homosexuels revendiquent plus que les femmes un désir de reconnaissance (que l’auteur invalide). Qu’est-ce qui pousse les homosexuels à revendiquer ce que les autres ont si bien délaissé ? Une explication psychanalytique est proposée.

A l’heure de la chute du patriarcat, l’union libre est elle aussi passée au peigne fin, car «  les prisonniers sur parole »qui veulent échapper du «  leurre conjugal » ne sont pas mieux lotis et ils le savent, car à la castration, nul ne peut échapper.

Ni les personnes mariées, ni les fervents de l’union libre, ni les éternels célibataires : C’est-à-dire ceux qui « refusent d’être la dupe d’une femme et trouvent dans l’acte sexuel avec des partenaires multiples, un remède à l’impossible du rapport sexuel. »

L’auteur montre comment le mariage, qui est du côté du semblant, inclut la duperie- comme l’a si bien montré Lacan dans son séminaire.

Mais à côté de cela, c’est bien le réel qui est introduit ici, c’est-à-dire l’impossible au cœur de la problématique de chacun. Qui dit réel dit aussi symptômes, et la liste est longue : frigidité, alcoolisme, besoin de se punir, (de l’onanisme infantile), stabilisation de la culpabilité, (lorsque le mariage n’est pas refusé comme dans Romersholm d’Ibsen) maintien de la jouissance etc…

Cela vaut pour les névrosés. Ils n’ont bien sûr, pas le même rapport au mariage que les psychotiques. Les enjeux ne sont pas les mêmes et l’auteur le montre bien avec des exemples tirés de la littérature psychanalytique mais aussi de la littérature tout court. Les pervers ne sont pas non plus oubliés car un long chapitre leur est consacré, allant de Gide au célèbre couple Jouhandeau. Mais il est nécessaire de le rappeler, « le quitte ou double » du psychotique n’est pas le fantasme du névrosé, ni le clivage du pervers.

La clinique du masochisme est abondamment dépliée, puisqu’il est question de « sujet marié », et l’auteur lève le voile sur le si bien nommé contrat, mais il écrit aussi des choses intéressantes sur la note  mélancolique que l’on retrouve chez certains homosexuels en quête de fêtes perpétuelles…

Enfin, nous apprenons aussi avec beaucoup d’intérêt ce que sont devenus les célèbres cas de Freud, que l’auteur revisite également et ce, de façon subversive, les différents mythes qui ont bercé notre enfance, tel le mythe de Pénélope, mariée avec… la mort. Mais n’est-ce pas ce que vise le livre de P. L. Assoun ? Déconstruire... Déconstruire un fantasme très ancré qui porte sur la jouissance conjugale, seule capable de déjouer la castration et l’impossible du rapport sexuel.

Un livre qui mérite le détour…

Françoise Decant

 

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