Passeur de livre

Guy Le Gaufey
Une archéologie de la toute-puissance. D'où vient ?
Editions Epel 13 p.

Gérard Albisson
Exerce la psychanalyse à Paris et collabore à la Revue des Deux Mondes.
Il co-dirige les éditions des crépuscules et est grand pratiquant de cyclisme.

La toute-puissance ? Y a-t-il un « compartimentage académique », un dictionnaire de termes politiques, psychanalytiques ou religieux pour aborder ce concept ? Dans la continuité du travail entamé avec L’Incomplétude du symbolique (Epel, 1991), Guy Le Gaufey qui exerce la psychanalyse a le don d’exciter la curiosité ! Avec cette archéologie, que nous réserve-t-il ? Foucault lui « prête main-forte » pour « décloisonner des activités discursives trop bien établies ». À partir du mot caprice pris chez Lacan pour parler de la Toute-puissance, Le Gaufey aborde deux situations. La première, avec le grand Autre maternel, révèle l’insondable volonté de celui-ci, le caprice, lorsque la mère, selon son bon vouloir, peut dire oui ou non aux demandes de l’enfant, après avoir satisfait, sans alternative, à ses besoins. Avec la deuxième situation, on plonge dans le livre de Job et on a affaire là avec le grand Autre divin. Job va apprendre, parce qu’il était ignorant des desseins de Dieu, « qu’il ne suffit pas de respecter scrupuleusement la loi pour être dans le vrai ». « L’insondable volonté » de Dieu peut bien être appelée, là aussi, caprice. En s’appuyant sur Lacan, Le Gaufey permet ainsi de saisir ce qu’il y a de déstabilisant avec cette Toute-puissance : elle n’est pas « une infinitisation de la puissance mais un au-delà qui n’apparaît que dans la défaillance même de cette dernière » !

Discursivité plurielle sur le sujet avec trois auteurs pour poursuivre cette archéologie : Carl Schmitt avec l’état d’exception, Walter Benjamin pour l’universel en brèche et Giorgio Agamben et le pouvoir d’exciper pour appréhender « le point d’irrationalité du pouvoir ».

Pour faire écho au caprice premier, Le Gaufey, dans les pas de Lacan, conclue ainsi : « il y a bien un monde de la toute-puissance, mais on peut bien chercher, même au fin fond de ce monde, on n’y rencontrera aucune présence » !

La rigueur de l’érudition de l’auteur dans ce petit ouvrage demande une lecture appliquée car une supposée « toute-puissance » du savoir y est, ligne à ligne, mise à mal. Et ce livre mérite toute notre attention au-delà même du corpus psychanalytique.

Gérard Albisson

(Note de lecture parue dans la Revue des Deux Mondes, janvier 2015.)

 

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