Passeur de livre

Jacques André et Laurence Aupetit (sous la dir.)
"Maternités traumatiques"
Paris, PUF, coll. Petite bibliothèque de psychanalyse, 2010

 

Max Kohn,
Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, CRPMS, EA 3522, 75013, Paris, France, psychanalyste membre d’Espace analytique, psychanalyste à la Maison de la Mère et de l’Enfant à Paris (Fondation Albert Hartmann, Société Philanthropique)

Compte-rendu du livre sous la direction de Jacques André et Laurence Aupetit : Maternités traumatiques

Comme l’indique Jacques André dans son introduction, ce livre tente de répondre à la question suivante : comment l’angoisse de l’enfant peut-elle être indépendante de celle qui le porte et l’expulse, c’est-à-dire de la mère ? D’où l’importance de la notion de maternité traumatique mise en avant dans cet ouvrage, même si elle ne recouvre aucune unité autant par la diversité des situations pratiques auxquelles elle se réfère que par la singularité des mères qui y sont affrontées. Le transfert, explique Jacques André, transforme en expérience, en histoire, une longue expérience, un temps historiquement inexistant. D’une certaine façon tout enfant naît prématurément et les différents textes de ce livre se concentrent sur le vécu de la mère plutôt que celui de l’enfant qui vivrait un traumatisme à la naissance comme le pense Otto Rank.
Pour Laurence Aupetit, dans le discours des mères l’événement apparaît comme un coup porté qui fait date. La naissance par exemple d’un bébé en réanimation est un coup à la famille. L’après-coup est comme le pense Jacques André générateur de fantasmes et de rêves et ouvre à l’historicité. Le traumatisme psychique pour Laurence Aupetit n’est pas l’événement, mais un coup qui permet d’envisager un temps au-delà duquel des « resignifications » ultérieures sont possibles.
Catherine Vanier parle de son expérience dans le service de réanimation des enfants prématurés de l’hôpital Saint-Denis. Pour les mères, au-delà du traumatisme de l’accouchement, la maternité elle-même devient traumatique. Une mère sans son bébé n’existe pas. Comme le dit Winnicott, « un bébé cela n’existe pas. » Le petit de l’homme n’est pas un sujet : pour qu’il le devienne il faut d’abord, comme le dit Alain Vanier, qu’on suppose du sujet chez le bébé.
Muriel Flis-Trèves dit qu’il y a des maternités qui portent à la vie psychique des coups violents dont elle a bien du mal à se remettre, avec l’exemple de Gisèle dont l’enfant meurt avant qu’elle accouche sans que cet événement n’ait été diagnostiqué. Cela la renvoie au traumatisme que la mère a vécu lors de la maladie de son enfance où sa propre mère a failli la perdre à l’âge de 3 ans.
François Ansermet parle de la question des maternités traumatiques du côté des naissances traumatiques et se demande s’il on peut être mort avant d’être né.
Le livre de Serge Leclaire(1) est central dans sa contribution. Le fœtus est un objet particulier : c’est encore un non objet, investi en potentialités dans des valences narcissiques. Le fœtus peut être vu comme un objet mélancolique. Pour lui, il y a trois temps du traitement du traumatisme : « sidération », « sens et histoire » et « sortie ». Ce qui rejoint la théorie de Lacan sur le temps logique avec « l’instant pour voir », le « temps de comprendre » et le « moment de conclure ».
Pour Drina Candilis-Huisman, le clinicien est confronté aux effets traumatiques bien plus qu’au trauma et l’accouchement est une forme d’expérience de la mort imminente. L’altérité radicale est représentée par le bébé. Drina Candilis-Huisman parle de son expérience à l’institut de puériculture de Paris de futurs parents handicapés visuels. Elle considère qu’il faut privilégier une conception du traumatisme comme inhérent à la rencontre avec l’autre en soi, avec ses effets destructeurs pour la vie psychique.
Alberto Konichekis développe cette inquiétante étrangeté comme forme première d’altérité par rapport à soi-même en jeu dans le processus de la maternité. L’échographie risque de faire disparaître l’étrangeté de cette altérité. Le bébé fantasmatique ou narcissique se manifeste par d’autres modalités que celles de la représentation. La maternité non seulement est intrapsychique et fantasmatique, mais est encore un lien avec la présence effective du bébé : une mère sans son bébé n’existe pas. La grossesse et l’accouchement sont des expériences « réalisantes » car ils créent des événements nouveaux.
Enfin, Blaise Pierrehumbert parle des résultats d’une étude où la grande prématurité peut affecter la qualité des échanges ainsi que les problèmes de comportement de l’enfant. Le prématuré sévère a des conséquences sur la qualité de la relation, ainsi que sur les rythmes bio-sociaux. Ces conséquences ne se concrétisent que dans le cas où le parent montre une forte répercussion psychologique de l’événement constitué de la naissance à risque.
C’est un livre qui est intéressant parce qu’il recentre la maternité sur le vécu de la mère, sans exclure celui de l’enfant et qu’il suggère que cela se passe aussi dans un groupe social et culturel, même si cela n’est pas abordé directement.

Max Kohn

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(1) LECLAIRE, Serge, On tue un enfant. Un essai sur le narcissisme primaire et la pulsion de mort, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Le champ freudien », 1975

 

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