Passeur de livre

Jean-Jacques Rassial
"Court traité de pratique psychanalytique"
Toulouse, Éd. Érès, 2011

 

Max Kohn,

Univ Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, CRPMS, EA 3522, 75013, Paris, France, psychanalyste membre d’Espace analytique, psychanalyste à la Maison de la mère et de l’enfant à Paris (Fondation Albert Hartmann, Société Philanthropique).

Le nouveau livre de Jean-Jacques Rassial porte directement sur sa pratique analytique. Il donne évidemment des exemples de cures qu’il dirige, mais c’est surtout une réflexion sur l’ensemble de son parcours et de sa carrière dont il est question. Le point de départ est l’idée fondamentale selon laquelle l’expérience analytique use la clinique. Il y a une distinction à faire selon lui entre la clinique et la pratique analytique. La psychanalyse est d’abord une pratique rationnelle, ce n’est pas l’application d’une théorie à une clinique. L’inconscient n’est pas le négatif de la conscience. C’est le lieu du sujet conçu comme un sujet du désir. Ce qui compte ce sont les déterminants infantiles de la sexualité adulte. Le transfert est défini comme principe constitutif de la subjectivité qui oriente toute relation à l’autre comme déplacement. La clinique pour la psychanalyse est liée à une éthique de la psychanalyse, une pratique du transfert, une théorie du sujet et de l’intersubjectivité. D’où cette formule choc : « Les psychanalystes ne sont pas d’abords des cliniciens. » Il le dit évidemment à l’égard de la psychiatrie parce que la clinique pour Lacan c’est le réel en tant qu’il est impossible de le supporter. La psychanalyse ne saurait nous conduire à supporter imaginairement ce réel, sauf à l’imaginer comme impossible à supporter. Si l’expérience psychanalytique use la clinique, c’est pour cette raison. D’où une réflexion intéressante sur le contrôle : c’est-à-dire un registre qui double un autre registre. Le contre-rôle a pour fonction de doubler la parole par une référence à l’écriture. C’est l’endroit où deux analystes construisent ce qui l’en est d’une clinique comme limite de leur pratique, limite infranchissable par la théorie.

Cette réflexion sur le contrôle est intéressante parce qu’effectivement c’est une construction de la clinique. La clinique n’est pas une donnée, c’est une construction non seulement dans le contrôle, mais c’est une construction à la limite à partir de la pratique analytique qui est en réalité celle qui a affaire avec le sujet divisé, à l’analyse du transfert et aux effets de l’infantile dans l’adulte.

Jean-Jacques Rassial conclut que l’analyste, éventuellement l’analysé, se reconnaît un gain de charme, d’humour et de laïcité. On peut faire remarquer qu’il n’est pas nécessaire d’avoir fait une analyse pour être dans cette situation. Le livre se conclut également par une réflexion sur les  associations d’analystes et sur la question de la garantie par l’association d’analystes de la compétence d’analystes. Pour Jean-Jacques Rassial l’acte analytique est du côté de la performance. Chaque cure est comme un chef-d’œuvre d’un maître compagnon et la compétence ne garantit en rien la performance, même si on peut penser qu’il y a une certaine probabilité que cela se réalise.

Enfin Jean-Jacques Rassial propose plutôt de parler de dépositions subjectives à la fin de la cure reprenant un article : « Le trimestre analytique », volume 4, année 7, 1992. C’est un concept que l’on retrouve chez Lacan(1). La déposition subjective répond au désêtre de l’analyste comme modification de la fin de la cure.

Le livre de Jean-Jacques Rassial est stimulant parce qu’il resitue la clinique dans une pratique analytique comme une construction qui se fait entre l’analysant et l’analyste à la limite de la pratique de chacun dans la cure.


(1) LACAN, Jacques, « Proposition de 1967 », in Autres écrits, Paris, Le Seuil, 2001.

 

Cliquez ici

 

 

Haut