Passeur de livres

Jean-Jacques Rassial (en collaboration avec Christilla Pellé-Douël)
"Pour en finir avec la guerre des psys"
Albin Michel, Paris, 2010

Max Kohn, psychanalyste membre d’Espace analytique, maître de conférences habilité à diriger des recherches à l’université Paris Diderot–Paris 7, Centre de Recherches "Psychanalyse, Médecine et Société" (C.R.P.M.S) EA 3522, psychanalyste à la Maison de la mère et de l’enfant à Paris (Fondation Albert Hartmann, Société Philanthropique).

Site de Max Kohn : http://www.maxkohn.com/

Max Kohn a lu "Pour en finir avec la guerre des psys"

Le nouveau livre de Jean-Jacques Rassial part d’emblée de la constatation de l’existence de la guerre au sein du milieu analytique, ce qui est un fait. Pour autant, peut-on, comme le titre de son ouvrage l’indique, en finir avec cette situation ?

Les choses sont aussi conflictuelles à l’extérieur puisque la guerre a également lieu avec le monde extérieur, comme on peut encore le voir avec le dernier livre de Michel Onfray, épisode parmi bien d’autres du discrédit dont jouit malheureusement la psychanalyse aujourd’hui, même si ce discrédit a toujours existé dans l’histoire de la psychanalyse.

Le concept sur lequel Jean-Jacques Rassial s’appuie est l’autonomie de la réalité psychique de l’humain. Cette autonomie est menacée aujourd’hui de tous les côtés : par les neurosciences ou les sciences cognitives, par le réductionnisme biologique mais pas selon lui par la médecine, plutôt par un discours médical dégradé qui relance l’hygiénisme en voulant faire des économies, en cherchant la rentabilité au service de l’industrie pharmaceutique. Le problème n’est pas dans le débat entre les courants psychologiques et les conflits qui peuvent exister entre ces différents courants mais plutôt dans la guerre civile des psys où l’on va chercher à l’extérieur de la psychanalyse une caution scientifique qui manquerait à celle-ci.

On peut dire que cet état des lieux est tout à fait bien vu et malheureusement c’est une réalité. Le problème qui se pose tourne autour de la question de l’autonomie de la réalité psychique de l’humain. Est-ce que véritablement il faut être radical et affirmer qu’il y a une telle autonomie de la réalité psychique de l’humain ou bien est-ce qu’au contraire l’intrication avec le reste est aussi un fait ?

Pour Jean-Jacques Rassial, un psy se reconnaît d’abord à la place qu’il donne à l’autonomie du fonctionnement psychique, surtout par rapport aux déterminations biologiques et sociologiques dans la réalité humaine, et il fait là référence au Dasein de Heidegger. Il ne veut pas idéaliser le psychisme ni nier les autres déterminations de celui-ci, mais pour lui le psychisme en continuité ou en connexion avec le biologique et le social comme avec la langue, obéit à une logique qui lui est spécifique et constitue un objet d’étude et d’analyse autonome susceptible de modifications éducatives, thérapeutiques ou autres par des processus étudiables et modélisables. Voilà la thèse centrale de cet ouvrage.

Évidemment la question qui se pose est toute cette dimension où le psychisme est à prendre en continuité ou en connexion ou pas avec le biologique, le social et une langue, qu’il y ait une logique qui lui soit propre. C’est au fond ce que fait la psychanalyse. Le biologique, le social et le linguistique sont aussi, entre autres (on pourrait naturellement ajouter l’historique), en continuité et en connexion avec le psychisme.

Le livre de Jean-Jacques Rassial est important dans la mesure où il parle de l’état des lieux actuel en reconnaissant une guerre interne au milieu analytique et une guerre avec les autres disciplines scientifiques extérieures. La question qu’il soulève était déjà présente dès les débuts de la psychanalyse et aussi avec les développements donnés par Lacan. Cette autonomie du développement psychique est une réalité qui renvoie à la place de la réalité psychique pour le sujet de l’inconscient mais elle n’est pas sans connexion avec le reste du monde.

Dans ces conditions, on peut se demander si la paix entre ce qui représente cette autonomie de la réalité psychique et le reste du monde est véritablement pour demain puisque le conflit caractérise le rapport entre toutes les instances psychiques à l’intérieur du sujet et avec le monde extérieur.

 

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